Son histoire

L’histoire de l’Angora Turc

Ses débuts

L’Angora Turc est une race très ancienne déjà connue dans la Rome antique puisque l’empereur Auguste Antoine (63 av JC-14 ap JC) dans une correspondance, écrivait de sa chatte « ma chatte blanche au poil long et aux yeux d’or […] comme est délicate et raffinée sa beauté, et noble et indépendant son esprit ».

L’Angora Turc était présent au Moyen-Orient (Turquie, mais aussi Iran ou Syrie) depuis plus de 2000 ans. Son nom vient du nom de la capitale Turque Ankara, nommée jusqu’en 1930 Angora (ou Ancyre ou Ankyra). Il semblerait qu’il ait été domestiqué d’abord par les Tartares et les Chinois dans la ville d’Angora.

Les Angoras Turcs étaient notamment possédés par les riches marchands de la route de la Soie pour lesquels ils étaient un symbole de pureté, de richesse et de finesse.

Ils étaient considérés par la population turque comme des objets de grande valeur. D’ailleurs, traditionnellement à un mariage en Turquie, on offrait aux mariés un Angora Turc aux yeux vairons, symbole de bonheur.

Son arrivée en Europe

L’Angora Turc n’a été importé en Europe qu’à partir du XVIIe siècle. En effet, des lettres de Pietro Della Valle (1586-1652) témoignent que celui-ci tomba amoureux de l’Angora Turc au cours d’un voyage en Turquie et en ramena quelques couples à Rome. C’est lui également qui fit la première description de la race. Suite à cette description, Nicolas Claude Fabri de Peresc (1580-1637) en ramena quelques spécimens de Turquie en France et devint le premier éleveur de la race en Europe. Ses chats plurent au cardinal de Richelieu et l’Angora Turc devient en peu de temps le chat le plus recherché à la cour du roi Louis XV.

Richelieu (1585-1642), posséda donc jusqu’à 14 angoras turcs avec qui il jouait le matin (il existe plusieurs toiles le représentant dans sa famille ou travaillant au milieu de ses chats).

Les Angoras Turcs revinrent sous le règne de Louis XV (1710-1774), son arrière-grand-père leur ayant préféré les canaris, perroquets et chiens. Louis le bien-aimé en possédait un du nom de Brillant qui venait dans sa chambre tous les matins et qui avait le droit de jouer sur la table du conseil pendant le conseil du roi.

Marie-Antoinette (1755-1793) en possédait six. Ses meubles auraient d’ailleurs été conçus de manière à ce qu’elle puisse y caresser ses chats.

Karl Linné (1707-1778), le naturaliste suédois qui établit la nomenclature binomiale de la classification systémique des organismes vivant (Cette nomenclature décrit que chaque espèce est désignée par 2 mots latins : le nom du genre auquel l’espèce appartient suivi d’un terme la caractérisant) donna le nom Catus angorensis à l’Angora Turc pour le distinguer  du chat domestique (Felis catus) et du chartreux.

Georges-Louis Leclerc de Buffon quant à lui (1707-1788) décrivit dans son histoire naturelle (36 volumes parus de 1749 à 1789) les 3 races connues à l’époque : Catus domestic (européen), chat des chartreux et Catus angorensis (Angora Turc). Il décrivit ce dernier comme « un chat entièrement blanc, avec une robe douce et longue».

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Illustration de l'angora turc dans l'Histoire naturelle de Buffon

Illustration de l’angora turc dans l’Histoire naturelle de BuffonA l’époque le chat était à poils courts. L’Angora Turc était un symbole de richesse et très apprécié des aristocrates et des monarques ; c’était un cadeau très prisé à l’époque car il représentait un objet de luxe.

A la fin du XIXe siècle, il fait son apparition à la première exposition féline du Crystal Palace de Londres, où il est présenté en différentes couleurs et où il suscite beaucoup d’intérêt par rapport à son poil long et soyeux. Puis il ne fut admis plus que les robes blanches en exposition.

Apports / descendance

Maine coon

Marie-Antoinette envoya ses chats aux Etats-Unis à la révolution alors qu’elle préparait sa fuite pour échapper à la révolution. Elle espérait les rejoindre ensuite. Ces Angoras auraient été amenés sur le bateau Sally du capitaine Samuel Clough de Wiscasset avec les autres effets personnels de la reine. Ils se seraient ensuite mêlés aux chats de ferme locaux et seraient à l’origine du maine coon.

Tous les actuels chats à poil long

L’origine du poil long est due à une mutation sur un gène (responsable du poil court) apparue au Moyen-Orient. De Perse ou de Turquie, le poil long est venu d’Asie, des bords de la mer Noire à la mer Caspienne. Les Angoras Turcs sont donc à l’origine de tous les chats à poils longs.

Persan

Au XIXe siècle, l’Angora Turc connaît également un certain succès.

Le juge britannique H. WEIR décrit les Angoras Turcs dans son ouvrage « Our cats and all about them » (1889) : « Les meilleurs sont d’un blanc pur aux yeux bleus. Les couleurs sont variées, mais le noir et le bleu, qui doivent avoir les yeux orange, sont les plus appréciés après la variété blanche ». Neuf ans après, il fut décidé de n’accepter que l’Angora Turc blanc. Cette histoire de couleur reviendra par la suite.

Mais les anglais voulurent créer une race de chat trapue comme leurs chats avec les poils longs de l’Angora Turc. L’Angora Turc fut donc principalement croisé avec les british, ce qui donna le persan. Plus spectaculaire, ce dernier occulta presque totalement l’Angora Turc qui tomba dans l’oubli.

Ses jours sombres

Victime du succès du persan, l’Angora Turc fut menacé d’extinction après la Seconde guerre mondiale. Pour sauvegarder la race (en 1950), les Turcs accueillirent une trentaine d’Angoras Turcs dans leur zoo d’Ankara afin de les protéger. C’est la seule race de chat à être présente dans un zoo. Les Turcs interdirent de les sortir du territoire. Ils y sont aujourd’hui encore protégés, mais aussi exportés vers les élevages du monde entier.

Entree du zoo'

Entrée du zoo d’Ankara. Photo prise par une adhérente du CEAT

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Angora turc dans le zoo d’Ankara. Photo prise par une adhérente.

 

Sa reconnaissance

Les deux premiers Angoras Turcs à l’origine de nos angoras turcs sont Yildiz (étoile) et Yildizcik (petite étoile), importés en 1962 par un couple d’américains ayant reçu une autorisation spéciale de les sortir du territoire Turc.

Grâce aux chatons de Yildiz et Yildizcik, la race fut reconnue en 1973 aux Etats-Unis et en 1988 par la FIFE pour les chats blancs. La CFA enregistra ses premiers spécimens en 1970, mais en ne reconnaissant que le blanc. Les variétés colorées seront admises en CFA en 1976.

Enfin, de nos jours, Bruce Fogle (1944-), vétérinaire anglais et comportementaliste célèbre, définit l’Angora Turc dans son livre « The Cat’s Mind », qui est une enquête scientifique sur les différences entre races, comme un chat aimant jouer et au tempérament amical et poli.

L’Angora Turc dans l’art

Les Angoras Turcs ont également été les muses de certains peintres et écrivains.

Jean-Jacques Bachelier (1724-1805) l’a représenté avec ses deux toiles « un chat guettant un oiseau » et « Angora Turc à papillon ».

J-J Bachelier, "Un chat guettant un oiseau"

J-J Bachelier, « Un chat guettant un oiseau »

J-J Bachelier, "Angora turc à papillon"

J-J Bachelier, « Angora turc à papillon »

Gustave Courbet (1819-1877) l’a placé entre autre sur sa toile « l’atelier du peintre ».

Gustave Courbet, "L'atelier du peintre"

Gustave Courbet, « L’atelier du peintre »

L’écrivain anglais Horace Walpole (1717-1797) comparait Selima, la chatte Angora Turc que lui avait offerte la marquise du Deffand (1697-1780), à une merveilleuse nymphe. Pierre Loti (1850-1923), vers 1880, baptisa son Angora blanche aux yeux impairs Belkis.

Anatole France (1844-1924), qui reçut en 1921 le prix Nobel de littérature, disait de son Angora Turc blanc prénommé Amilcar : « C’est le Prince dormeur de la cité des livres ».